COSTA

rap (FR)
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Débarqué dans l’industrie tel un pavé dans une vitrine, Costa détonne à l’échelle du rap contemporain. Depuis la fin des années 2010 et ses premières apparitions, les trois lettres accolées à son blaze — BLF (pour B@!$€ les fafs) — résonnent comme un slogan en pleine manif’ : flow percutant, plume sans concession, esthétique radicale. Ouvertement positionné à gauche de l’échiquier politique, son engagement n’a rien d’une posture : il est naturel, authentique, et surtout indissociable de sa personne. Natif du 14e arrondissement, élevé dans un foyer multiculturel (père grec, mère américaine), Costa grandit au milieu des disques. Mais bien avant la musique, ce sont les mots qui l’attirent. Leur pouvoir, leur capacité à prendre position, à fédérer ou à dénoncer. Au tout départ, le jeune Parisien écrit pour décrire son monde, tel qu’il le voit. Viennent alors les premiers tracks : une salve de singles (« Coca Cherry », « BLF »), quelques freestyles (« Archives ») et un premier EP (Full). Autant d’essais qui dessinent les contours d’un rap ancré dans le réel, parsemé de références militantes. En 2023, la trilogie d’EP (La ville derrière nos torches, Derrière la ville, Là, derrière), publiée avec le label Blue Sky, marque une phase d’exploration assumée. Trap, 2-step, boom-bap, mélo autotunée : Costa teste, défriche, affine. Ce temps de création à ciel ouvert lui permet de mieux se comprendre, tandis que les morceaux qui suivent — « On rap on s’occupe », « C’est fait/2004 », « IN PARIS » — précisent ses intentions. En novembre 2024, la mixtape Violence, Culture, Sport & Fashion agit comme un point d’ancrage. Bien accueillie par la critique, elle met en lumière les réels fondements de son univers : une matière sonore sans concession, délivrée sur des prods modernes, qui respirent l’essence du rap français. Autour de lui, Diogènes (compositeur) façonne les beats, Samy (ingénieur du son) en trace les reliefs, tandis que Zack (réalisateur) fixe une identité visuelle cohérente, sombre et maîtrisée. Comme son nom l’indique,VCSF met particulièrement l’accent sur la culture qui habite son auteur — celle du stade, du « casual », du « full Stone ». Après ce jalon, Costa goûte à la scène. En mai 2025, il joue à domicile dans une Boule Noire sold-out et acquise à sa cause, avant d’investir d’autres salles et plateaux parisiens. Puis il renfile le bleu de chauffe, fort de cette expérience accumulée, pour amorcer la suite.


Cette suite s’écrira le 10 avril prochain, avec une nouveau projet au titre sans détour : Pourquoi on a cassé la vitre ? Après avoir exposé son quotidien et les marqueurs de sa culture, le rappeur complète son propos, en posant cette question ouverte, intrigante, volontairement clivante dès l’annonce de la tape : « J’aime les titres longs, qui peuvent susciter les débats », confirme-t-il. Ce qui, dans le projet précédent, circulait en filigrane passe alors au premier plan : l’aspect social, politique, militant de sa démarche est exploré dans les largeurs. En écho à l’époque et aux échéances qui se profilent, Costa observe les fractures, les inégalités et les paradoxes d’un système qu’il sait profondément verrouillé, tout en continuant de lutter à son échelle : dans la rue, par l’action, par la musique. Le tracklisting en porte d’ailleurs la marque. Sur « Script », il croise le fer avec la talentueuse 2L, récente finaliste de l’émission Nouvelle École : deux MCs engagé·e·s, deux trajectoires différentes, mais une même rigueur, pour un titre détonnant. Sur NFNC (No Face, No Case), ce sont deux générations de rappeurs qui se croisent : Costa et son invité, Médine, se répondent en miroir, dans un échange aussi technique que contestataire — l’un évoquant « une entité placée à gauche de la gauche de la gauche », l’autre allumant « un cigare à la flamme d’un tract du programme de la droite à la droite de la droite ». Exercice de style et prise de position assumée : une rencontre des plus logiques. Sur « Rouge 3X », explicite jusque dans son titre, Costa embarque le rappeur Malo, fin technicien et force tranquille d’Argenteuil, dans sa cause. Venant ponctuer le titre introductif « Whisky à midi », l’extrait d’interview de Salif — devenu culte pour toute une génération d’auditeurs — rappelle une filiation revendiquée : celle de l’indépendance et de l’intégrité absolues.
Là encore principalement façonné par Diogènes et Samy, et cette fois supervisé par Kageb, son directeur artistique, Pourquoi on a cassé la vitre ? s’impose comme une synthèse des atmosphères explorées jusqu’ici par Costa, et certainement son projet le plus abouti. À l’image de « Marathon », qui clôt l’opus en traversant plusieurs textures — du drumless au 2-step, jusqu’à des ambiances presque harmoniques — comme une métaphore de son parcours : endurance, constance, détermination.
Introduite par « Candidats » en janvier 2026, la mixtape se dévoile progressivement : « Doja Cat » le 27 février, « Script » le 20 mars, puis « NFNC » accompagné de son clip le jour de la sortie, le 10 avril 2026. L’ambition reste intacte : poursuivre l’ascension, élargir l’audience, être reconnu par ses pairs. Mais surtout, rencontrer son public sur scène. Et continuer de poser les questions qui dérangent, sans jamais les édulcorer.