GHOSTPOET + THEESATISFACTION
- Hip Hop
- Le Club
- Production : TP
Chronique
GHOSTPOET & THEESatisfaction
au Temps Machine
par Gerard De Roubaix le 14/04/2012 pour JUGGER WEBZINE
Deux groupes, deux styles diamétralement opposés mais un rendu identique : Le 12 Avril dernier, c’est une sacré claque que le public du Temps Machine s’est prise suite à la formidable prestation de THEESatisfaction et Ghostpoet.
En effet, c’est deux poids lourds qui se produisaient ce Jeudi soir au Temps Machine : A ma gauche, le duo afrolesbien américain THEESatisfaction et son hip-hop tinté de soul et de funk. A ma droite Ghostpoet, l’espoir grimpant d’un post-hip-hop récemment signé sur le label de Gilles Petterson. Sur album, chacun des groupes défendait son bout de gras : Le Theesatisfaction signé sur le légendaire label punk Sub Pop étonnait par son Rythm & Blues rond, chaud et chaleureux mais néanmoins noble et intelligent. Ghostpoet, de son côté, nous avait surpris avec un album d’une finesse rare, touchant, minimaliste et chirurgical. Deux identités musicales très fortes qu’on attendait en live depuis longtemps.
C’est après des balances qu’on qualifiera d’improbables (une dizaine de minutes tout au plus et quelques murmures dans un micro) que le duo féminin de THEESatisfaction démarrera les hostilités. Arrivés tels des clichés d’elles-mêmes (coiffure afro improbable, pieds nus, slim sous vide effet cameltoe, sourire communicatif aux lèves) il faudra peu de temps pour que le public se laisse envelopper par la douce et sensuelle chaleur des deux américaines. Non seulement musicalement c’est défendable (de bien belles références à la black music américaine), mais en plus la prestation live est bien supérieure à l’album. En effet, le duo offrira des versions bien différentes de celles qu’on connaissait déjà. On se rend vite compte que l’album, bien que très respectable, ne sert en fait que de support aux mélodies lives, véritable terrain de jeu de THEESatisfaction. Seulement un ordi et deux voix, et pourtant l’énergie passe. Mélangez un peu de Fugees avec une poignée de divas soul américaines et vous obtiendrez une performance live de THEESatisfaction. Le verdict semble unanime : la prestation est excellente. La preuve, et fait rare au Temps Machine, les balais sortent un peu du cul et ça bouge du bassin plus que d’habitude dans le club.
C’est ensuite au tour de Ghostpoet de faire ses preuves sur la scène. Accompagné d’un batteur, d’un guitariste et d’ordis branchés à des consoles d’effets, le jeune Londonien jouera live les titres de son dernier album. On est un peu déçu au début : l’artiste laissera de côté son flow minimal pour un registre parfois plus blues/hip-hop et pour un set plus dynamique. En outre, même si la technique est assez intéressante, on se perd dans les echos et autres reverbs parfois au détriment de l’énergie scénique. Il faut dire que l’exploit de sobriété et de retenue de l’album est sans aucun doute difficile à retranscrire en live. On appréciera toutefois un set tout en crescendo jusqu’au final totalement fou. Tout le monde semble apprécier à en juger par l’incroyable nombre de bras en l’air. Cependant, le rendu global du set semble plus mitigé et les sceptiques sont aussi nombreux que les conquis. Quant à nous, et à l’inverse de THEESatisfaction, on est recommandera le rappeur sur CD plutôt qu’en live, malgré son apparente sympathie, son look de dandy et son charisme débordant.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas encore minuit mais le public sort le sourire aux lèvres. Un vrai bon concert comme on les aime et comme on en voudrait plus souvent.
---> Retrouvez l'interview de GHOSTPOET par Gérard de Roubaix pour JUGGER WEBZINE ici
GHOSTPOET (U.K.)
Un des sujets de discussion qui revient souvent ces temps-ci dans le monde merveilleux de la musique, c'est le retour du hip-hop. Enfin... surtout celui qui fait fondre des marshmallows à la cheminée des petits coeurs d'amateurs de musique en général (le monde de la musique fait souvent des métaphores pourries). Ça parle old-school, ça parle new-school, ça parle des futures égéries à épingler aux murs de sa chambre d'ado, des jeunes qui font n'importe quoi avec la tradition et qui réinventent le genre avec justesse, modernité et (métaphore pourrie). Ghostpoet, jeune anglais d'origine nigérienne, fait partie de cette nouvelle vague de jeunes qui n'en font qu'à leur (bonne) tête, et savent (bien) s'entourer : ici c'est Gilles Peterson qui fait figure de tonton bienveillant en sortant ce parfait premier album sur son label, mais cela aurait très bien pu être Warp ou Brainfeeder, ça aurait marché aussi. Derrière une décontraction vocale qui fait un peu penser à Gonjasufi ou Roots Manuva, la musique qu'on entend est en effet ultra moderne, piochant sans vergogne dans la pop, le rock, l'électronica ou le dubstep, avec une assurance et une maîtrise inouïe venant de la part d'un type de 20 ans, qu'on n'avait jusque là croisé qu'au détour d'un titre (génial) fait avec Micachu, autre réinventeuse en son genre. La nouvelle génération qui est en train de voir le jour est vraiment super fortiche. On se sent un peu vieux mais on s'en fout, on va faire un peu de gym et on tâchera de leur coller aux basques à ces jeunes qui risquent de vite remplacer nos bons vieux Beastie Boys / De La Soul. (FL)
THEESATISFACTION (U.S.A.)
Stasia Irons & Catherine Harris-White se rencontrent sur les bancs de l’université, elles se découvrent alors rapidement amies, meilleurs amies, petites amies et finissent par monter un groupe, toutes les deux, THEESatisfaction est né. Issues de la scène Hip Hop underground de Seattle (elles sont proches de Shabazz Palaces et Champagne Champagne), les filles partagent une passion commune pour Sun Ra, Ella, Billie Hollidays ou Stevie Wonder, influences qu’elles secouent et tordent pour en tirer l’essence d’un hip-hop soul et lo-fi qui finit par tomber dans l'oreille des gens de SUB POP, qui va décidément bientôt devoir ajouter un HIP au milieu de son patronyme. Après Shabazz Palaces, le fameux label de Seattle va donc sortir le premier album des deux nouvelles reines du hip-hop moderne, qui récupère au passage un gros morceau de l'héritage freak-funk des débuts du genre, et écrase du talon la sale ambiance misogyno-bling bling d'un rap us fin de race, réduit à l'état d'étron ridicule par deux jeunes filles funky, attachantes, fières et joueuses. THEESatisfaction ouvre une porte (avec Ghostpoet) sur des années à venir pleine de promesses du côté du hip-hop, qu'on avait presque fini par ranger dans la boîte des musiques mortes. Hip-hop's not dead ! Allez les filles ! (FL)
hip hop new school / Micachu / Gilles Peterson / Gonjasufi / Roots Manuva
GHOSTPOET
hip hop / old school / Sub Pop / super girls ! / Shabazz Palaces / Champagne Champagne / the Queen Supreme !
THEESATISFACTION