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Busdriver + Daedelus + X Tron (DJ set)

  • hip hop / breakbeat / electronica
  • La Grande Salle
  • Production :

Chronique

Busdriver, Daedelus & DJ XTRON
@ Temps Machine



Report réalisé par Gérard de Roubaix & PaulO. pour JUGGER WEBZINE

Du monde (beaucoup de monde) un Mercredi soir au Temps Machine, de mémoire tourangelle on n’avait jamais vu ça. Contrairement à ce qui était initialement prévu, c’est donc dans la grande salle que les concerts de Busdriver et Daedelus ont été annoncé, tandis que DJ Xtron mixait dans le club à chaque inter-plateaux.

C’est d’ailleurs lui qui annoncera le coup de départ de la soirée, devant un club se remplissant peu à peu d’un public allant s’abreuver de houblon fermenté. Le DJ passe des morceaux que, lui et ses pairs de son âge, nomment Emotronic tandis que nous hésitons toujours entre tout un tas de termes vernaculaires assez obscurs : Abstract ? Glitch Hop ? Hard Break ? 8bit ? Breakbeat ? Un peu de tout ça et plein d’autres trucs aussi. C’est pas pour le vexer, mais voir un quadragénaire être plus à la pointe sur le futur de hip-hop que nous qui avons la moitié de son âge, c’est tout de même assez frustrant. Des sets donc fascinants, on en prend plein les oreilles et on apprend plein de choses, même si on ne connaît pas un traitre morceau de tout son DJ set.

Et puis on se presse dans la grande salle, à la fois enthousiastes et effrayés à l’idée de voir Busdriver en live. Enthousiastes, parce que Busdriver est l’un des plus grands noms d’un hip-hop Californien hybride : c’est sept albums et autant de renouvellements, c’est bourré d’acid ou de free jazz, c’est des samples de classique ou des beats éléctroniques, c’est un flow étourdissant… Bref, Busdriver est un monstre. Effrayés, parce que ce nouvel album Beau$eros nous laisse toujours aussi dubitatif. Des excuses à son ex-fiancée à base de prods électroniques et de chant plus que de rap.

Heureusement, après quelques morceaux issus de son nouvel album, Busdriver enchaînera dans un registre plus hip-hop, quoique très électronique et blindé de basses groovy. Le rappeur est seul sur scène et passe les morceaux sur une petite console de mix. Même s’il ne lésine pas sur le jeu de scène (il perd un bon litre d’eau par morceau) et que son flow au syndrome Busta Rhymes est à la hauteur de nos espérances, il ne s’attarde que peu de temps sur ses morceaux et on ressent au final une impression de medley un peu désagréable. Busdriver ne s’interrompra que pour se foutre de la gueule du public Tourangeau qui – faute de comprendre – se contentera d’applaudir. Du reste l’ambiance est plutôt cool, le public réceptif et on est forcément conquis quand le rappeur reprend ses vieux titres sur des prods de Daedelus ou des samples classiques et baroques évidents mais toujours jouissifs (la célèbre flûte de Menuet & Badinerie de Jean Sebastien Bach ou encore le thème de Eine Kleine Nachtmusik de Mozart). Busdriver est une bête de scène à l’énergie communicative et à l’organe bluffant réellement utilisé comme un instrument. On pense à un saxo en plein solo free. Quand on sait que le bonhomme souffre d’une extinction de voix, on ne peut que se demander quels prodiges il est capable d’accomplir en temps normal. Il pleut des cordes dehors mais le moral est au beau fixe dans la grande salle.

On profite de la fin du set pour séparer les tâches en bon Tayloristes et je charge à PaulO la rédaction de cette seconde partie de la soirée. « Je vais tenter d’emmagasiner intellectuellement un maximum d’informations » me répond-t-il, et on se laisse sur ces paroles peu rassurantes.

22h30. Le public, encore sous le charme de la performance de Busdriver, ne se méfie pas. En effet, Daedelus semble – de loin – assez inoffensif. Tout droit sorti de l’arrière d’un billet de cinq dollars, légèrement dégarni, l’homme s’installe tranquillement derrière son monome (sorte de grand tapis de touches immaculées régissant boucles et effets qui s’éclairent d’une façon incompréhensible).

L’écoute de son dernier album n’avait pas provoqué chez moi d’orgasmes particuliers, le Californien sortant de son studio un Abstract Hip-Hop complexe qui parle plus aux amateurs qu’aux néophytes dont je fais assurément parti. Les rares (mais très motivants) échos sur ses performances live m’ont malgré tout encouragés à rester pour me forger un avis. Une bière entre les mains, je rentre donc dans la salle, pensant découvrir une ambiance smooth, à la croisée du Jazz et du Hip-Hop.

Et là, bim, la moitié de mon verre s’est renversé sous la puissance des basses acérées sortant de son instrument (car oui, la technique requise pour l’utilisation d’un monome est telle qu’on peut décemment le considérer comme un instrument de musique), trituré par des doigts d’une dextérité chirurgicale. Daedelus fait monter le tempo. Son set est constitué de miriades de samples issus de morceaux différents (de lui ou d’autres), retravaillés à sa sauce et sa technique lui permet des variations de styles rapides et efficaces. On est ainsi passé d’un début globalement Electronica à une descente de plus en plus profonde vers le Drumstep – c’est le moment qu’a choisi Busdriver pour faire une petite apparition saluée de succès -, le Brostep (lisez le dernier Trax pour comprendre), plusieurs autres sous-genres terminant par -step et enfin le Dubstep – là le public ne tenait plus en place – pour finalement terminer sur un pot-pourri de tous les sons utilisables de son disque dur. C’était bruyant, mais bien. Le Dubstep (il y en a beaucoup qui vomissent à la vue de ces sept lettres) était intelligent et donnait envie de se replonger avec passion dans les vinyles oubliés de Hessle Audio et Aus Music.
Pour terminer, je cite le programmateur du Temps Machine, Rubin Steiner qui en dansant le téléphone à la main et en moins de 140 caractères réussit à résumer la performance mieux que moi en une demi-page :

« Hahahaha ! Je DÉTESTE le DUBSTEP mais j’aime d’amour Daedelus. »

Encore un petit mot pour saluer le mix de Xtron devant lequel j’ai lamentablement essayé de danser quelques minutes, malheureusement écourtées par la peur d’une intensification de la pluie, là-bas dehors.

 

---> Retrouvez cette chronique sur JUGGER WEBZINE ici

DAEDELUS (Los Angeles, U.S.A.)

La scène hip-hop alternative nous a offert, ces dernières années, une poignée de labels qu’on a suivie les yeux fermés et les oreilles ouvertes. On pense à Plug Research, Mush, Anticon, Eastern Development ou Hefty, sans aucun doute les laboratoires les plus excitants des années 2000 et à l’origine d’un ravalement en profondeur de la "sample music" sans oeillères, voire d’une redéfinition totale du hip-hop. Daedelus est un condensé de tout ça et son chef-d’oeuvre de 2003, "The Weather", en est la preuve. Sorti d’abord en version instrumentale puis en version chantée (avec Busdriver et Radioinactive), ce disque ouvrait de nouvelles perspectives en terme de production (une musique folle, pleine de joie, de trouvailles et d’emprunts 50’s ou tropicales) quand Busdriver et Radioinactive inventaient une nouvelle façon de rapper, véloce, fraîche et mélodique. Un hip-hop dont l’origine serait à chercher du côté de John Cage, Christian Marclay et Tropicàlia, puis des Headz de Mo’Wax, Prefuse 73, Madlib, Luke Vibert jusqu’à Flying Lotus ou Hudson Mohawke aujourd’hui, c’est à dire une musique expérimentale (car inventive), super réjouissante et pleine de surprises.

Je sais que j’y vais un peu fort en name dropping, mais c’est la faute à la musique de Daedelus; elle est beaucoup plus compliquée à définir qu’à écouter... On parlera de manière de faire donc, et de ce style inimitable dont il est le roi, à savoir mélanger electronica, breakbeat et cut-ups en tous genres avec des samples trouvés sur des disques de la première moitié du XXè siècle. Ultra-moderne (sa fameuse machine pleine de boutons, le Monome, à voir sur scène) et ultra-surannée (qui va bien avec son look de Sherlock Holmes), la musique de Daedelus est vraiment unique (vous l’aviez compris je pense). Une musique enfantine ET expérimentale, déstructurée ET dansante, complexe ET simple, romantique et subtile... Et surtout jamais stupide mais toujours euphorisante, explosive et pleine d’amour, qui sur scène prend une dimension dancefloor insoupçonnée... Ah oui, j’allais oublier, Daedelus tourne en 2012 avec son nouveau live appelé "Archimedes" et sa scénographie magnifique à base de miroirs mécaniques automatisés qui renvoient la lumière de façon absolument magique. Un hommage aux miroirs géants mis au point par Archimède et qui, selon la légende, avaient permis en renvoyant les rayons du soleil de brûler les voiles de la flotte Romaine lors de l'attaque de Syracuse. Un hommage esthétique plus que guerrier d'un savant fou à un autre. Daedelus n'a décidément pas fini de nous surprendre. (FL)

 

BUSDRIVER (Los Angeles, U.S.A.)

Avec un peu de chance, vous avez déjà vu, écouté ou juste entendu parler de Busdriver (le champion a une réputation qui souvent le devance). Si ce n'est pas le cas, la meilleure des entrées en matière pour découvrir ce virtuose de la glotte, à notre avis, est l'album "The Weather", qu'il a fait en 2003 avec... Daedelus ! Et si par la même occasion vous n'avez jamais entendu parler de Daedelus, ce disque vaut aussi pour lui comme la plus belle des entrées en matière. "The Weather" donc, album ultra-génial-incroyable-euphorisant-énorme (un "classic" quoi) a propulsé d'un seul coup cette bande de potes de Los Angeles sur le devant de la scène hip-hop mondiale, offrant au passage au label Mush un coup de projecteur imprévu qui a fait l'effet d'un tremblement de terre par chez nous : Boom Bip, The Shapeshifters, Jel, Curse Ov Dialect... où un rap qu'on n'avait jamais entendu avant, sur des musiques dingues. Le futur ce serait ça ? Oui, ça a été ça, et Busdriver n'a cessé de nous impressionner avec ses albums, toujours produits par des types aussi cinglés que lui (Daddy Kev en tête). De l'infernal free-jazz breakbeat "Cosmic Cleavage" à ce nouveau "Beaus $ Eros", le chauffeur de bus nous a montré à peu près tout ce qu'il était possible de faire avec des cordes vocales, les siennes étant dotées d'un pouvoir magique qui leur permet d'aller dans des endroits dont on ignorait même l'existence. La vélocité d'abord (on avait rarement entendu un rappeur aller plus vite que Léon Zitrone qui commente une course hippique), mais aussi une manière de chanter, qui va du jazz à la soul de façon complètement personnelle, et un timbre élastique absolument sexy - oui, le cochon est en plus un sacré bel homme. Sur scène, Busdriver est également un showman extraordinaire qui sait comment mettre le feu dans n'importe quelle situation. Que dire de plus ? Ces derniers temps il a pas mal traîné avec Flying Lotus, Modeselektor, Nosaj Things et d'autres mecs dans le genre. Du coup, ça s'entend sur son dernier album, qui plonge tête la première dans l'IDM, le dubstep qu'on aime (vous savez, le bon, pas le mauvais), et l'electro qui peut donner envie de danser TRES BEAUCOUP. Bref, ce qu'on appelait "post-hip-hop" en 2003 vaut toujours. Et puis, Daedelus et Busdriver ne sont pas en tournée ensemble, ce plateau on vous l'a mijoté rien que pour vous. C'est une soirée UNIQUE et IMMANQUABLE ! (FL)

 

XTRON DJ (FR.)

X-Tron est un type formidable, pour mille raisons, mais surtout parce que c'est un vrai jouisseur de la musique, un vrai passionné. Il y a très longtemps, il était danseur hip-hop (et il en a gardé de très beaux restes), et depuis des années DJ dans une veine plutôt house minimale. Grand fan de Daedelus, et surtout grand fan d'off beat et d'émotronic dont il nous rabat les oreilles depuis trop longtemps : il était temps de l'inviter aux platines du Temps Machine pour qu'il nous montre comment on peut danser sur des rythmes de "compteurs qui sautent" ! On lui a même posé des questions, pour vous présenter un peu mieux cette machine à câlins, notre chouchou.

LTM - Monsieur X-TRON, c'est quoi l'EMOTRONIC ?

XT - C'est un courant musical qui s'apparente à l'abstract hip-hop revisité par J-Dilla...

LTM - Oui mais encore ? C'est toi qui a inventé ce mot ?

XT - La mort de Dilla a amplifié le mouvement, et ça a donné le wonky, puis le off beat qui, comme son nom l'indique, est completement décalé avec le reste musical du track. C'est Hudson Mohawke qui a inventé le mot "émotronic".

LTM - Et c'est ce que tu vas nous jouer ?

XT - Oui exactement, de la musique de compteur qu n'arrête pas de sauter ! A faire péter les plombs quoi.

LTM - Ah ah ! Et sinon, c'est XTRON ou X-TRON ?

XT- C'est toi qui choise.

LTM - C'était ton nom de graffeur en 82 ?

XT - Non, c'était mon nom de danseur en 1984. Un hommage au film Tron et au film Xtro.

LTM - Autant dire que ça ne date pas d'hier ta passion pour le hip-hop. Pour toi c'est encore du hip-hop l'emotronic ?

XT - Oui. La structure est toujours très hip-hop, et la négrétitude qui va avec !

LTM - On te connaît danseur hip-hop et DJ plutôt house minimale. C'est compatible ça ? (et "négrétitude" c'est bon ! Je le garde !)

XT - Pourquoi pas? Il y avait dans les années 80 un titre house qui disait "House that rap built"...

LTM - Bon, dis-le, ça te fait chier d'être blanc.

XT - Le principal pour moi c'est que l'ambiance reste electronica.

LTM - T'aurais donc aimé être noir ET allemand en fait.

XT - Bambaataa était un féru de Kratfwerk... Depuis tout jeune je me gratte le poignet avec un cutter pour voir si il n'y a pas une peau noire qui pousse en dessous !

LTM - Je trouve que c'est un très beau mot de la fin ! Mais je voulais quand même te demander, ça te fait quoi de jouer avant et après Daedelus et Busdriver ?

XT - je suis humble ça ne me dérange pas !

LTM - Hahahaha !

BUSDRIVER The Weather / Big Dada / Mush / Daddy Kev / Jazz / rap mitraillette BUSDRIVER
DAEDELUS The Weather / Ninja Tune / Mush / breakbeat / Daedelus-music DAEDELUS
X TRON X TRON